Enseignement supérieur public: l'adaptation dse étudiants à la réforme (Suite et fin)

      » Publié le 10/09/2006 à 1:07 GMT par Mourad ABOUSSI     (9/10 - 1 Votes)    Commentaires (0)     Lectures (809)

 

 

Il est certain que le niveau des étudiants ne leur permet pas de suivre ce genre de cours avec la prise de notes et l’attention qu’il exige. Mais cela n’éloigne pas l’idée que certains professeurs selon plusieurs témoignages ne sont pas performants pour ne pas dire autre chose.

 

  La réplique des enseignants est ordinairement argumentée par les deux éléments de la logistique et du sureffectif. Ainsi, les approches pédagogiques sont réduites car il n’est du tout possible d’innover dans le cadre d’une classe de 100 étudiants ou dans une section de 800 étudiants. L’ampleur du problème est clairement sentie lors des travaux dirigés et des travaux pratiques. Le fait de travailler  avec des groupes restreints permet de faire des formations, des ateliers, des séminaires et de donner à chacun le temps de s’exprimer et de présenter les fruits de ses recherches. Encore est-il que l’aménagement des espaces de formation ne répond pas à l’esprit de la réforme ! Quand même, un petit effort !

 

  Puis viennent les reproches faites aux étudiants à travers lesquels se confirme un détail capital : ils n’arrivent pas à rompre avec le statut de l’élève, ils attendent toujours que l’enseignant dicte et explique mot par mot. L’assiduité est remise en question ainsi que l’absence d’intérêt, le niveau très bas et l’acte de tricher qui est phénoménal et flagrant. Ils n’ont pratiquement pas de compétences et ne les développent pas durant leur parcours. Pas tous en tout cas !

 

  Car même ceux qui étaient brillants durant toute leur carrière estudiantine et qui se sentent capables d’exceller aux études supérieures voient leurs compétences freinées par la réforme qualifiée de « labyrinthique » ou par des examens qui ne leurs permettent jamais d’étaler leurs savoirs. Comme cet étudiant doté d’un bon esprit d’analyse pouvant faire des commentaires composés réussis et qui se trouve appelé à rédiger uniquement l’introduction sans dépasser une vingtaine de lignes, et car il aspire tant à démontrer ce dont il est capable, il en fait une trentaine  et l’enseignant (e) lui « colle » 2/20. Alors que ses camarades se sont contentés de copier le texte adéquat parmi toutes les introductions préparées auparavant, pour obtenir la bonne moyenne. Décevant ! La réforme serait-elle en train de sacrifier les brillants au profit d’un taux de réussite élevé et donc salvateur ?

       

  En parlant des contrôles, les étudiants affirment être gênés par la programmation des examens, généralement toutes les matières en une semaine  et même parfois deux ou trois par jour. Le temps consacré à la préparation n’est pas suffisant et la concentration n’est jamais au top tant les épreuves se succèdent. Quand aux devoirs demandés au cours du semestre, les étudiants les considèrent plutôt faciles et ne les prennent pas au sérieux, ils se contentent d’une recherche à la hâte. Ce sont des devoirs qui procurent une liberté sans limites, internet et livres procurent du texte prêt à imprimer ou à recopier ! L’effort intellectuel qui forge les esprits et enrichit les savoirs est relégué au second plan. Les enseignants quand à eux ne corrigent pas tous les essais, ne donnent pas toujours les remarques nécessaires et ne comptent pas en entier les notes des ces devoirs : le suivi régulier de l’étudiant est donc absent ? Sureffectif oblige !

 

   Juste après les examens, un hic de taille s’impose : les notes qu’on s’attarde trop à afficher et dont beaucoup sont erronées. En effet beaucoup d’étudiants se demandent : si le retard est expliqué par le grand nombre de candidats, comment peut-on expliquer ces erreurs en masse ? En plus ce n’est que du travail de plus : vérifier, corriger, réafficher c’est tout refaire ! Et si ça convient les administrations des facultés, cette longue attente et ces résultats choquants dépriment les étudiants. La dépression engendre le dégoût de tout un système qui n’a pas besoin de se faire des opposants !

 

  Deux ans après le bac, qu’est-ce que l’étudiant a acquis ? Quelles sont les compétences qu’il a développées ? Elles sont certainement minimes. Là il n’est plus question d’obtenir un DEUG ou un DEUP, car à quoi serviront les diplômes quand le public visé n’a pas suivi  et que toute la formation a  raté ses objectifs? On se demande bien  à présent quels sont les étudiants issus de la réforme qui seront admis aux concours des CPR cette année. Un sondage fiable après les examens  d’entrée serait une source inépuisable de commentaires et d’analyses.

 

  Une évaluation sommative de la part des étudiants s’avère urgente pour pouvoir corriger, améliorer et combler les lacunes avant qu’ils n’obtiennent la licence sans même pouvoir réussir un entretien d’embauche.

 

  Quand aux récents bacheliers, ils peuvent contrôler les événements de cette histoire qu’ils vont vivre au sein des établissements supérieurs publiques et dans le cadre de la réforme. Le mieux serait de la comprendre et de l’accepter car elle est d’un esprit qui peut remédier plusieurs maux du système universitaire, elle a juste besoin de temps et de responsables formés spécialement pour l’appliquer, c’est-à-dire des cadres hautement qualifiés qui n’ont pas uniquement le savoir-faire mais surtout le vouloir et le pouvoir-changer. 

 

 

 
   

 

    

 
   

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