Je suis né un jour bleu: Daniel, l'homme aux capacités quasi surnaturelles

      » Publié le 10/07/2007 à 21:11 GMT par Mourad ABOUSSI     (10/10 - 1 Votes)    Commentaires (1)     Lectures (3414)

 

 

Daniel Tammet, né à Londres le 31 janvier 1979, est un calculateur prodige atteint d’une forme particulière d’autisme (appelée syndrome d’Asperger) connu aussi pour ses capacités linguistiques et de mémorisation.

Il a mémorisé 22 514 décimales de pi,
Il peut multiplier des nombres de plusieurs chiffres, ou extraire une racine cubique,
Il peut apprendre toute langue naturelle, il a déjà appris et parle entre autres l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’espéranto, le français, l’islandais, et le lituanien.
En fait il ne calcule pas : les solutions lui apparaissent sous forme de paysages, il est synesthète.

Il a été le sujet d’un documentaire télévisé diffusé sur M6 dans l’émission Docs de choc et intitulé L’homme ordinateur (version française du documentaire anglais The Boy With The Amazing Brain). On y voit sa rencontre avec un autre savant autiste doté d’une mémoire eidétique : Kim Peek. 
Blog de Daniel

Autobiographie: Je suis né un jour bleu
 Ce témoignage est un voyage aux côtés d’un jeune homme aux capacités hors du commun. Comme le héros de Rain Man, Daniel Tammet est un autiste savant, un génie des nombres. Son cerveau lui permet d’effectuer des calculs mentaux faramineux en quelques secondes. Pour lui, les nombres sont des formes et des couleurs. Il a ainsi mémorisé les 22.514 premières décimales du nombre pi, un exploit qui a nécessité plus de cinq heures d’énumération en public. Daniel est également un linguiste de génie : il parle sept langues et a appris l’islandais en une semaine. Bien qu’autiste, il n’est pas coupé du monde : il est capable d’avoir une vie sociale et de raconter ce qui se passe dans sa tête. Les plus éminents neuroscientifiques s’intéressent à son cas. Daniel décrit son enfance à Londres, dans une famille de neuf enfants. Il raconte ses années d’école, la découverte de sa différence, le soutien aimant de ses parents, la conquête de l’indépendance, la route vers la célébrité. Aujourd’hui, Daniel a 28 ans. Il vit dans le Kent avec Neil, son compagnon.
Extrait: "Après chaque tournoi, je prenais la feuille de papier et je rejouais la partie sur mon échiquier, à la maison, assis sur le sol de ma chambre, analysant les positons et essayant d’améliorer mon jeu. J’avais lu que c’était ainsi qu’il fallait faire et que cela m’aidait à ne pas répéter mes erreurs et à me familiariser avec les différentes combinaisons possibles au cours d’une partie. Le plus dur pour moi était de maintenir un niveau élevé de concentration quand la partie durait..."

Docummentaire du BBC (L’homme ordinateur) version française

Entretien avec Daniel Tammet.

                          

2ème partie

Daniel Tammet, un autiste de génie
A 28 ans, ce jeune autiste « savant » est peut-être le « chaînon manquant » entre l’univers impénétrable des autistes et le nôtre, car il est capable de nous décrire ce qui se passe dans sa tête. Il le raconte dans son livre « Je suis né un jour bleu » (Les Arènes).

Ce 14 mars 2004, Daniel Tammet est anxieux. Dans une salle du musée de l’Histoire des sciences d’Oxford, il se prépare à une longue récitation. Une déclamation d’un genre original. Ce jeune homme de 25 ans au physique de matheux se propose d’égrener, de mémoire, le plus de décimales possible du nombre pi devant un public de scientifiques, d’amateurs et de curieux. Il n’a pas choisi ce jour par hasard : le 14 mars, qui est aussi le jour de la naissance d’Albert Einstein, s’énonce, en anglais, 3.14, comme le début de ce nombre infini qui fascinait déjà les Egyptiens. Sa performance, s’il va jusqu’au bout, doit profiter à la Société nationale d’épilepsie, une maladie qui a failli terrasser Daniel vingt ans plus tôt.

Le défi semble impossible à relever : il lui faut énumérer, de mémoire, plus de 22 500 chiffres. Plusieurs mathématiciens de l’université d’Oxford se sont portés candidats pour vérifier l’exactitude de la récitation. En cinq heures et neuf minutes, le record est battu. « J’avais récité 22 514 décimales sans faire d’erreur , se souvient-il . Tout le monde me demandait : pourquoi apprendre autant de décimales d’un nombre comme pi ? Pour moi, pi est quelque chose de très beau et d’unique, comme Monna Lisa ou une symphonie de Mozart. »

Daniel Tammet a aujourd’hui 28 ans. Il est exceptionnel. Il pourrait être le « chaînon manquant » entre l’univers impénétrable des autistes et le nôtre. Lui-même autiste, il appartient à la catégorie rare des « savants », enfermés dans leur monde mais dotés de capacités quasi surnaturelles. Chacun se souvient du film « Rain Man », dans lequel Dustin Hoffman interprète un être malheureux et ingérable, capable d’apprendre le Bottin par coeur, de calculer des racines carrées au pied levé et de faire sauter la banque au casino parce qu’il peut mémoriser toutes les cartes qu’il a vu passer. Daniel Tammet est un peu comme lui, sauf qu’il peut - et c’est miraculeux - nous raconter ses pensées, ses émotions et toutes les tempêtes qui se déclenchent sous son crâne.

Lorsqu’il vous accueille dans le pavillon où il vit avec son compagnon, Neil, dans la campagne anglaise, il ressemble à un jeune homme comme un autre. A cela près qu’il se réfugie immédiatement dans la cuisine pour se préparer une tasse de thé. Un rituel qui l’aide à lutter contre l’angoisse de la nouveauté, lui qui préfère se rassurer dans la routine et la répétition.

Il raconte sa vie d’autiste dans un livre qui paraît en France ce jeudi et s’intitule « Je suis né un jour bleu » (Les Arènes). Pourquoi bleu ? Parce que pour ce jeune Britannique chaque mot, chaque lettre, chaque chiffre a une forme et une couleur. Il est né un mercredi, et mercredi est un mot bleu. Cette manière d’établir des correspondances décuple sa mémoire et lui permet de penser différemment. Comme d’autres autistes atteints du syndrome savant, il peut vous dire aussi quel jour de la semaine vous êtes né en une fraction de seconde. N’importe quelle date est pour lui reliée à un jour de la semaine, que ce soit la naissance de la reine Victoria ou le Noël de l’année 2040. Cela s’appelle le calcul calendaire. Daniel Tammet est excellent dans cette discipline et dans beaucoup d’autres. Mais il a dû se battre pour, à défaut d’être un homme comme les autres, devenir un homme parmi les autres.

Aîné de neuf enfants, Daniel grandit à Londres dans une famille pauvre. Il est un enfant difficile et très bruyant jusqu’à 2 ans. Ensuite, il devient silencieux. Mais, à 4 ans, une crise d’épilepsie l’expédie à l’hôpital. « Beaucoup de neurologues pensent que mes dons sont la conséquence de l’épilepsie , raconte-t-il dans un français presque parfait, alors qu’il n’a passé que dix jours dans l’Hexagone. C’est peut-être à ce moment que mon cerveau a subi des dommages qu’il a réparés en créant des sortes de dérivations. D’aussi loin que je me souvienne, je vois les chiffres en formes et en couleurs. Ils ont toujours été mon refuge, comme les mots, d’ailleurs. Un univers très doux, où je peux me promener en sécurité. Je pouvais passer des heures à chercher les nombres premiers, par exemple. »

Est-ce parce que ses parents n’ont jamais voulu le voir comme un handicapé, parce que sa forme d’autisme, le syndrome d’Asperger, non diagnostiqué dans les années 80, était assez légère ? Toujours est-il que le jeune garçon va à l’école. Il n’y a pas d’amis ? Peu importe. Les chiffres et les mots sont ses seuls compagnons, et il n’en parle à personne. « J’avais le sentiment d’être né dans un pays qui n’était pas le mien, dans une famille qui m’était étrangère, comme si j’étais un "alien ". Je ne racontais donc à personne ce qui se passait dans ma tête. Il était très difficile pour moi de discuter avec les autres. Quand ma mère entrait dans ma chambre, le simple bruit de ses pas dans les escaliers était d’une violence terrible pour moi. »

Vers l’âge de 10 ans, Daniel découvre chez ses voisins d’origine finlandaise un nouvel ami très prometteur : un imagier en finnois. C’est le début de son exploration des langues étrangères. Il en maîtrise aujourd’hui dix, apprises au hasard des circonstances : l’anglais, le finnois, le lituanien, l’espagnol, le français, l’allemand, l’islandais, le roumain, le gallois et l’espéranto. Il les apprend sans difficulté grâce à son exceptionnelle mémoire visuelle : « En associant les différentes couleurs et émotions de chaque mot et de chaque signification, les mots prennent vie. " Complexité " me fait penser à une natte ou une tresse, "fragile " m’évoque un verre, et lorsque j’entends l’expression " paix fragile ", je vois une colombe de verre. »

Ce don des langues lui a permis de trouver sa voie professionnelle. Incapable de s’adapter aux contraintes d’une vie de bureau, Daniel Tammet a créé un site Internet d’apprentissage des langues, où il transmet sa méthode très particulière. « A l’école, on vous apprend les conjugaisons : je suis, tu es, il est... C’est idiot, personne ne parle comme cela dans la vraie vie. Pour ma part, j’utilise des dictionnaires, des livres pour enfants, des magazines où les phrases existent comme dans la vie. Certaines combinaisons me semblent particulièrement belles et je les retiens facilement. D’ailleurs, on n’apprend pas le langage aux enfants en leur récitant des conjugaisons, mais en leur parlant la langue telle qu’elle se pratique. »

Pour les besoins d’un documentaire télévisé, réalisé après sa performance à Oxford, où il est devenu la coqueluche des médias, Daniel Tammet a appris l’islandais en sept jours. Lâché dans la nature, il parvenait à converser sans difficulté avec les autochtones. Il est vrai qu’il s’entraîne depuis longtemps. A 10 ans, il a créé sa propre langue, le « mänti », qu’il continue d’enrichir et qu’il est le seul à parler. Le mänti s’inspire du finnois et utilise beaucoup plus de voyelles que de consonnes. « Car les voyelles, assure Daniel, sont plus belles que les consonnes » . Ainsi, « potti » signifie récipient, aussi bien pour cuisiner que pour mettre des fleurs. Pour dire « dans le récipient » , il suffit de décliner le mot, qui devient « pottissö » . Cette langue officielle de son monde intérieur fonctionne par associations d’images. Par exemple, « retard » se dit « dette des heures ».

Le cinéma est une énigme pour lui
Plus il avance dans la vie, moins Daniel considère le monde qui l’entoure comme étranger. Quand il avait 10 ou 11 ans, il a décidé qu’il devait, comme ses frères et soeurs, avoir des amis. Il a donc observé, à la manière d’un anthropologue, comment faisaient les autres. Au début, c’était difficile, mais aujourd’hui il mène une vie sociale presque banale. Avec, tout de même, quelques particularités. Ainsi, il n’a jamais pu passer son permis de conduire. De même, le cinéma a longtemps été une énigme pour lui, parce qu’il ne comprenait pas l’expression des personnages. Depuis quelque temps, il parvient à apprécier les films. Mais à une condition : arriver dans la salle après les bandes-annonces. « ça a été une expérience terrible. L’an dernier, j’étais avec plusieurs amis et nous avons vu cinq bandes-annonces. Juste avant, tout allait bien, et puis il y a eu ce déluge de violence, de bruit, d’émotions. Evidemment, ces courtes séquences sont faites pour vous marquer l’esprit et vous donner envie de revenir. Ce mitraillage m’a terrifié, je me suis recroquevillé et j’ai pleuré. Et depuis j’entre toujours dans la salle directement pour le film. »

Ce « chaînon manquant », que les spécialistes des neurosciences examinent comme une pierre de Rosette, a réussi à intégrer la communauté des hommes par une dialectique instinctive : il s’impose des épreuves pour sortir de son univers intérieur mais repère aussi les obstacles les plus traumatisants pour mieux les éviter. A l’écouter, on comprend à demi-mot qu’il n’a pas l’intention de s’arrêter là.

Une « boite noire » pour les neurologues

Plusieurs éminents neurologues spécialisés dans l’étude de l’autisme voient en Daniel Tammet une sorte de « boîte noire » qui pourrait leur dévoiler une partie des mystères de l’autisme, se caractérisant par une incapacité à communiquer avec autrui et une concentration vers des activités répétitives, qui semblent constituer un refuge émotionnel.

Le Centre de neurosciences de Californie, par exemple, fait appel à lui pour tenter de comprendre à quelles règles obéit sa vision particulière des nombres et des mots. Daniel Tammet a aussi été soumis à des expériences de « disruption ». Alors qu’il voit « jardin » en jaune, on lui présente un papier où ce mot est écrit en rouge pour tester ses réactions. « Pour moi c’est très désagréable, je trouve cela horrible et provocant , assure- t-il. Mais c’est utile, cela m’aide à avancer et à mieux comprendre ce qui se passe dans ma tête. »

Tout un jeu de correspondances

Comme dans le poème « Voyelles » de Rimbaud, Daniel Tammet associe les chiffres, les nombres, les lettres et les mots à des formes et à des couleurs. 1 est blanc et lumineux, 9 est bleu et grand, 3 ressemble à une personne grassouillette et 6 est difficile à mémoriser car il n’a pas de substance. Souvent, les mots ont la couleur de leur première lettre : les mots en A sont toujours rouges, ceux en T orange et ceux dont la première lettre est un W sont d’un bleu profond, comme Wednesday, le jour de sa naissance.

L’homme qui lit deux livres en même temps

Après sa récitation à l’université d’Oxford, en 2004, Daniel Tammet est sollicité par de nombreux médias. Malgré une immense appréhension à la perspective de s’éloigner de tous ses repères pendant de nombreuses semaines, il accepte de partir pour les Etats-Unis avec une équipe de la BBC pour rencontrer Kim Peek, l’autiste surdoué qui a servi de modèle au personnage de Raymond Babbitt dans le film « Rain Man ». « C’était pour moi une occasion d’échange extraordinaire » , dit-il. Kim Peek, 55 ans, n’a pas, lui, la chance d’être autonome. Il est en permanence accompagné par son père et passe ses journées à la bibliothèque de Salt Lake City, en Utah, pour dévorer toutes sortes de livres, des essais, des encyclopédies et des annuaires, mais jamais de romans. Kim Peek peut en effet lire deux livres à la fois : l’un de l’oeil gauche, l’autre de l’oeil droit. « Quand nous nous sommes retrouvés dans cette grande salle de verre baignée de soleil, Kim m’a pris les deux mains et nous avons tout de suite été connectés. Nous avons échangé nos dates de naissance. Il m’a dit que j’aurais 65 ans un dimanche, et je lui ai répondu que lui était né un dimanche, le 11 novembre 1951. » Pour diffuser un message de tolérance à l’égard du handicap en général et de l’autisme en particulier, Kim Peek et son père se rendent dans des écoles, des facultés, des hôpitaux. Le public pose toutes sortes de questions à ce savant du troisième type : dates, noms, statistiques, codes postaux. En général, la réponse leur est fournie sans délai. Comme le héros de « Rain Man », Daniel Tammet, lui, a accepté pour la BBC de jouer au black jack dans un casino de Las Vegas. Et comme lui, il a fait sauter la banque. (
Le point 07/06/2007)

 

 

 
   

 

    

 
   

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L'homme le plus smart dans le monde est gay

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  Posté par Issam le 11/07/2007 à 0:33 GMT

    Quand je suis tombé amoureux, j’ai compris pour la première fois que l’on pouvait m’aimer. Je n’en avais aucune idée“. A 11 ans, il prend conscience de son homosexualité, une différence rationnelle pour lui. Il prend alors le risque de rencontrer un programmeur avec qui il chatte sur le Net : Neil. Et ça marche, Neil l’aide, et, grâce à lui, Daniel élargit la gamme de ce qu’il peut ressentir. Il continue surtout, sans cesse, à apprendre et à découvrir des choses, même s’il sait qu’il ne “guérira” jamais de l’autisme.

    En fait, il résume assez bien ses difficultés : “Mon cerveau décompose tout en éléments concrets et tangibles […], c’est l’intangible que j’ai du mal à comprendre“.
    Le plus dur est d’être conscient de ses faiblesses : il reconnaît volontiers que le génie ne se limite pas aux maths, mais que “fonder une famille, cuisiner, enseigner, sont aussi des capacités fascinantes” qu’il ne maîtrise pas.

 

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