Vers de nouvelles réformes au Maroc : il faut réagir majesté!

      » Publié le 28/02/2011 à 21:07 GMT par Mourad ABOUSSI     (0/10 - 0 Votes)    Commentaires (0)     Lectures (2689)

 

 

   Les 53 manifestations du 20 février dans les différentes villes et provinces du royaume sont à analyser depuis d’autres angles de vue. Elles n’ont pas les mêmes caractéristiques que la révolution du jasmin. D’abord puisque le contexte est différent. La Tunisie eut assez des 24 ans de Ben Ali même si l’Europe présentait ce pays comme le plus modernisé au Maghreb, le plus stable pour la France selon un câble de WikiLeaks. L’Égypte voulut quant à elle se débarrasser de la famille Moubarak, 30 ans au pouvoir et avec l’intention d’y continuer. La Libye veut enfin qu’un sage la gouverne loin des folies de Gaddafi qui durent depuis 42 ans.
   Les marocains ne sont pas sorti le 20 février contre le Roi, la monarchie n’est pas remise en question, elle n’est pas vue comme un obstacle, l’amour à Mohammed VI est déclaré dans un temps où la haine est tout ce qui reste aux ex-dirigeants maghrébins cités ci-dessus. Les réformes au Maroc ont été initiées depuis déjà une décennie, ce qui a sauvé la popularité de la monarchie et son sérieux. Le discours du peuple est simple: y’en a marre du gouvernement actuel, de la famille El Fassi, de la « hogra » (mépris, humiliation,…), des politiques « dinausaures », de certains noms de l’entourage royal et surtout de la stagnation. Les marocains veulent assister à des changements pragmatiques, visibles dans leur vie quotidienne. Les réformes constitutionnelles seraient plutôt infiltrées au discours des manifestations par des partis politiques exclus du jeu institutionnel.
   Peu importe, on a sur la table toutes les cartes, ce sont des dimensions qui s’imbriquent les unes dans les autres, mais essayons de les aborder en deux catégories: les réformes de base (sociales, économiques,...) et les réformes de cadre (constitutionnelles, politiques,...).  

   D’un côté, dépasser la stagnation. On a l’impression, on observe même une récession ou un retard dans les réformes, en même temps qu’une évolution positive dans le discours monarchique. Celui-ci est basé sur une attention exceptionnelle au citoyen et sur une perception différente de sujets épineux comme celui des Droits Humains ou de la liberté d’expression. Sauf que cette attention et ce changement ne répondent pas encore aux attentes des marocains. C’est le gouvernement qui se charge des réformes et c’est bien lui qui est aujourd’hui remis en question. Mais il ne faut pas oublier que ce gouvernement a eu l’appui du roi à maintes reprises. Il y a là un risque pour la monarchie: même si ses intentions sont positives, elle peut être mêlée à la mauvaise gestion.
   D’un autre côté, convenir un nouveau pacte. L’alternance a évité le pire, mais elle n’a pas su être un mode de gouvernance effective. La coalition gouvernementale actuelle est née faible, elle est objet de critiques ouvertes, ces échecs sont visibles dans tous les secteurs, non pas parce qu’elle ne travaille pas, mais car l’engrenage n’est pas bien installé. Les marocains veulent de nouveaux visages, moins de partis politiques, plus de visibilité dans les programmes, plus d’actions et moins de promesses. Le dialogue n’est pas un instrument pour contenir les revendications, mais pour mettre à l’agenda ce que veulent les marocains.
   La structure des opportunités politiques au Maroc n’est plus dynamique depuis quelques années. Le Roi n’a pas confiance en les partis pour décider de leur céder la gestion du pays: ils sont nombreux, ils ne bougent pas vers la création de pôles compétitifs, ils manquent de démocratie interne, ils sont au pouvoir depuis 15 ans sans convaincre…
   Au-delà des discours politiques, le développement se mesure par la satisfaction du peuple, et ce critère, hélas, n’est pas accompli à présent ! Que faire alors? « Il faut réagir majesté! » Mais non sans cette méthodologie participative adoptée depuis l’accès au règne.
   Malgré les pressions, il faut bouger rapidement, il faut redynamiser la structure d’opportunités pour ne pas laisser la voie libre aux opportunistes qui essaient de profiter de ce mouvement spontané des marocains, se l’approprier et lidérer des revendications qu’ils n’ont pas osé faire entendre durant la dernière décennie. Il est facile de se refaire la virginité politique dans ce genre de circonstances! Mais il faut faire attention, les marocains sont tout à fait au courant du bilan de chaque parti: l’USFP qui veut aujourd’hui revenir à ces années de gloire ne doit pas oublier la voix du peuple en 2007 qui a fait du parti la cinquième formation politique du pays. On le disait il y a quelques années, ce fut une grave erreur que de participer au gouvernement! Il fallait reconquérir la confiance des marocains, maintenant c’est un peu tard! On ira même jusqu’à dire que tous les partis de la coalition actuelle se verront pénalisés dans les prochaines élections.
   Une réforme constitutionnelle immédiate dans ce contexte ne fera pas le Maroc désiré: il faut d’abord un nouveau pacte de la monarchie, non pas uniquement avec les partis politiques, mais avec le peuple. Celui-ci doit entendre immédiatement son roi. Ce n’est pas difficile de le faire dans ces temps de révolution. Le roi compte sur plusieurs processus consultatifs et rapports où on évoque la nécessité des réformes. Ce pacte ne sera pas vu comme une réponse aux pressions, si cela est la crainte de la monarchie. On peut le présenter comme le résultat des recommandations de la Commission Consultative de la Régionalisation. C’est même le moment d’aller de l’avant dans ce projet de régionalisation, qu’il soit le grand cadre d’une nouvelle génération de réformes centrées sur les besoins au niveau local et sur un modèle de gouvernance qui s’éloigne du jeu politique et se concentre sur la gestion socio-économique.
   Une réforme constitutionnelle est la bienvenue, mais il ne faut pas faire d’elle un instrument pour calmer la situation. Il faut l’insérer dans une vision claire qui définisse le rôle le plus approprié pour chaque acteur. Il faut faire d’elle un instrument de développement et de stabilité. Sinon, elle ne servira pas les marocains. Elle pourrait même être contreproductive si elle donne tout le pouvoir aux partis politiques, sans que ceux-ci aient procédé à un changement profond dans leurs structures et à un rassemblement dans le cadre de pôles idéologiques qui représenteraient l’évolution et la composition de la société marocaine.
   Pour cela, il faut ouvrir un processus de consultations court et rapide afin de concevoir cette vision claire du Maroc désiré par tous. Les rumeurs parlent de la possibilité de nommer un nouveau premier ministre technocrate: ce serait une erreur que le roi prenne cette décision sans une feuille de route claire. Il faut laisser le gouvernement continuer son travail en l’appelant à communiquer au peuple des engagements pour cette année qui reste. Entre autres parce que : la monarchie pourrait confirmer les plaintes des partis politiques de voir leur image affaiblie par l’intervention du roi ; le contexte n’est pas favorable pour qu’une action similaire soit acceptée aussi facilement que le choix de Driss Jettou en 2002, on ne peut pas reproduire les mêmes actions dans des contextes différents!; et puis il faut éviter de mettre le pays dans des situations similaires à celles de l’Égypte ou de la Tunisie, l’instabilité politique serait un coup dure à l’économie marocaine, spécifiquement au tourisme et aux Investissements Directs Étrangers. On veut l’évolution, pas le chaos!
   L’idée est donc d’instaurer un « Comité de Gouvernance et de Planification » qui soit chargé de grands dossiers: rendre dans quelques mois un rapport sur les demandes des marocains et les transmettre à tous les acteurs politiques en différenciant recommandations et obligations (actualiser le rapport 50 ans de développement, avec moins de mots et plus de stratégies pratiques); réformer le code électoral et organiser les élections de 2012, en choisissant la date la plus adéquate (qui ne coïncide pas avec les préparatifs de la rentrée scolaire comme ce fut le cas en 2007); réformer la constitution à la vue des contraintes géostratégiques du pays (question du Sahara) et de son apport au développement, tout en choisissant le moment le plus approprié pour son entrée en vigueur.
   Ces réformes ne doivent adapter aucun modèle étranger, le Maroc a ses spécificités qui obligent à choisir le modèle le plus efficient. Surtout, quelles que soient les options choisies, il faut les appliquer de façon transparente, unie et pacifique, car sinon on aura beaucoup à perdre.

Mourad Aboussi
Chercheur du SEPISE- Université de Grenade.
(maboussi@ugr.es)

 

 
   

 

    

 
   

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